Aïkido: Du geste pur naît la grâce 13/3/15





source combat.blog.lemonde.fr





Fondé entre 1925 et 1940 par Morihei Ueshiba, l'aïkido consiste à neutraliser l'adversaire grâce à des techniques circulaires. Précision, souplesse et fluidité contribuent à atteindre la pureté du geste. Au Tapis! a rencontré Christian Tissier, Shihan 7e dan, expert reconnu dans son domaine qui a ouvert sa propre école en 1976 et formé tous les plus haut-gradés français.

Du Japon, il ne manque que les temples aux toits courbés comme des moustaches, ces points d’eau surplombés d’un pont discret qui paraîtrait faire le grand écart. A quelques mètres seulement du château de Vincennes, en plein milieu de la rue de Fontenay, un corridor étroit débouche sur un jardin tout en longueur. « Cercle Ch. Tissier », indique une pancarte d’un autre âge rongée par le lierre. On saute les escaliers, on enjambe les dalles rondes comme à la marelle pour pénétrer le lieu, succession de couloirs, vestiaires et dojos. Ici, une large palette de disciplines sont enseignées par des professeurs triés sur le volet. Du judo au ju-jitsu brésilien (JJB) ; du karaté au ninjutsu enseigné par le shihan Arnaud Cousergue. Mais à la base, c’est l’aïkido qui a permis à cette école d’obtenir ses lettres de noblesse.

A l’accueil, Christian Tissier, le maître des lieux à l’enseigne du même nom, classe des documents. A 61 ans, son expertise reconnue lui vaut de parcourir le monde pour transmettre « la recherche d’un idéal de pureté par le geste », sa définition de l’aïkido. « Quand j’ai monté le club en 1976, il y avait environ 3000 pratiquants en France. Aujourd’hui, le nombre de licenciés avoisine les 60 000 », se satisfait Christian Tissier qui a largement contribué à faire de la France le second pays où l’on pratique le plus cet art-martial. Pour s’en persuader, un simple coup de fil à la Fédération française d’aïkido permet d’en avoir le cœur net : « Vous cherchez une personne calée ? Christian Tissier », me répond-on sans détour. Et pour cause, tous les délégués techniques ont été formés par le shihan 7e dan. Sur place, le constat s’impose : une brochette de haut gradés déferle dans le dojo. « Chaque année, ils sont entre 400 et 500 à venir chez moi, surtout pour se recycler. » A 70 ans, Jean-Paul Nikolaï est un de ceux-là. « J’ai commencé l’aïkido avec Christian. C’est une sommité dans le monde de l’aïkido car il a passé 7 ans au Japon et il maîtrise les fondamentaux comme personne en France », assure ce professeur 5e dan, pressé de commencer l’entraînement.

Lorsqu’il s’est vu remettre son 2e dan, Christian Tissier était loin d’imaginer qu’il deviendrait cet expert adoubé par les maîtres de l’Aikikaï, le temple de l’aïkido au Japon. « J’avais 17 ans, je ne connaissais rien de la vie, je n’avais pas d’a priori et j’ouvrais de grands yeux sur les choses qui m’étaient inconnues. C’était très difficile d’avoir une progression rapide en France. On voyait de temps en temps un professeur 3e dan, mais guère plus. Au début de l’année 1969, j’ai eu l’occasion de partir au Japon. A l’époque, on ne voyageait pas comme maintenant. C’était un rêve, une quête. Je suis revenu en France à seulement 25 ans », rigole Christian Tissier. Durant ses sept années au pays du Soleil-Levant, le Français apprend le Japonais (qu’il parle couramment) en suivant les cours de la Tokyo School of the Japan language et à Sophia University. Parallèlement, il renforce l’apprentissage de son art à l’Aïkikaï où il devient le disciple préféré de Seigo Yamagushi. « Ce qui a fait la différence, je crois, c’est ma relation aux Japonais. Il faut bien comprendre que pour eux, c’est difficile d’imaginer un maître non-Japonais. »

Des années après avoir monté son école et effectué des séjours réguliers au Japon, Christian Tissier se voit remettre, en 1997, le grade de 7e dan par Kisshomaru Ueshiba, le fils de Morihei Ueshiba, le père de l’aïkido. « Je garde précieusement la lettre qu’il m’a écrite. C’était un honneur et une porte-ouverte pour tous les pratiquants non-japonais. » A ce jour, Christian Tissier est le seul Français à se prévaloir du titre de shihan, 7e dan délivré par les maîtres de l’Aïkikaï. « En France, il y a d’autres 7e dan qui se réclament de l’Aïkikaï. Pourtant, le constat est là : techniquement, ce n’est pas au point. »

Sur le tatami, ils sont une cinquantaine sagement alignés pour le salut, plongé dans un silence de cathédrale. Aux hakamas des experts se mêlent les kimonos blancs des aïkidokas qui comptent encore peu d’années de pratique à leur actif. Il y a même un nouvel arrivant, rapidement pris en charge par un haut-gradé. « A l’aïkido, on ne fait pas n’importe quoi. Les débutants doivent être accompagnés. C’est un art martial très physique où l’on peut se blesser facilement si on ne possède pas les bases,soutient Christian Tissier. Au début, tout le travail va consister à acquérir des sensations, l’endurance et la technique nécessaires pour appréhender la chute. C’est une fois toutes ces notions intégrées qu’un aïkidoka pourra avoir un hakama. »Ce pantalon large soutenu par un dosseret signifie que l’aïkidoka possède assez d’expérience pour appréhender la chute. « Quand je fais une démonstration à mes élèves, je prends toujours des uke différents, il est important que je sache distinguer ceux qui sauront s’adapter au mouvement. » Quant aux années de pratique, tout dépend de l’investissement. « Pour avoir une belle progression, il faut venir 2 à 3 fois par semaine. On n’apprend rien si l’on vient deux fois par an », tranche M. Tissier.

« Rei », lâche le sensei en s’inclinant devant le portrait de Morihei Ueshiba. Après un court échauffement (très axé autour des articulations), Christian Tissier salue un partenaire. Objectif aujourd’hui : contrer une attaque adverse en se servant de la force de l’adversaire pour l’amener dans une situation de déséquilibre. A regarder les gestes méticuleux du professeur, on comprend que tout le succès d’une prise réside dans la précision du placement, aussi bien des mains que des pieds. D’ailleurs, lorsque les élèves reproduisent le mouvement, l’exécution n’est jamais aussi propre. Christian Tissier passe dans chaque groupe pour corriger les menus détails qui font toute la différence. « Dans la forme que je vous propose, il ne faut pas être trop loin du partenaire, recommande le sensei au groupe qui se masse en cercle autour de lui.« On choisit un point et là, on sent bien qu’il n’y a plus qu’à tourner », ajoute-t-il en faisant chuter son uke.

Céline, 3e dan, la trentaine, pratique l'aïkido depuis dix ans au Cercle Tissier.

De tous les aïkidokas présents, les femmes semblent plus proches du bon geste.« A L’aïkido, le rapport poids, puissance, musculation n’existe pas. C’est un art martial qui leur convient bien, assure Christian Tissier. Nous effectuons beaucoup de mouvements circulaires qui demandent juste de la précision. Les blocages et les chutes sont esthétiques et souvent ce qui leur plaît, c’est qu’il n’y a pas d’objectif de compétition derrière notre discipline. » Céline, 3e dan, la trentaine, pratique l’aïkido au cercle Tissier depuis dix ans. « Avant, je me cognais partout. J’avais besoin de pouvoir faire quelque chose de mon corps. L’Aïkido, ça permet de s’adapter à tous types de situations et j’ai beaucoup plus confiance en moi depuis que je m’y suis mise. »

Pour cet autre aïkidoka, qui tient à conserver l’anonymat, le point de vue est différent.« Je me suis mis à l’aïkido car c’est le sport non-violent par excellence qui permet de maîtriser ses pulsions. J’y suis venu à mon retour du Brésil il y a quelques années. Là-bas, j’ai été pris dans une rixe et j’ai bien failli y rester. Après cet événement traumatisant, je ressassais tout ça et je renfermais une grande violence en moi. L’aïkido m’a permis d’avoir un autre regard sur les choses, de m’assagir. »

Fin du cours. Après le salut, certains terminent par des étirements tandis que d’autres replient soigneusement leur hakama. L’exercice paraît un rituel. Soigneusement, d’un pincement de doigts, les extrémités de la robe viennent se rabattre l’une sur l’autre. Les attaches tressées convergent vers un nœud mystérieux qui semble empreint de religiosité. « Le hakama est un vêtement traditionnel au Japon, mais il ne faut pas chercher pour autant de spiritualité. Oui, effectivement, certaines personnes vont mettre une philosophie derrière tout ça, mais c’est très surfait, balaye Christian Tissier. Au Japon, à l’Aïkikaï, on les appelle les "japonisants" ou les "tatamisants". Ceux qui veulent être plus Japonais que les Japonais. »

Florent Bouteiller

 

La concordance des énergies

• L’Aïkido est un art martial fondé par Morihei Ueshiba entre 1925 et 1960. Dès 1940, il a été reconnu par le gouvernement japonais. Mix des Koryu (écoles d’arts martiaux) : ju jitsu, dorito ryu, kenjutsu (sabre) et Aïkijutsu.

• Aï : Harmonie ; ki : énergie, do : voie. Ce qui signifie littéralement « Voie de la concordance des énergies ».

• L’Aïkido est un art-martial non violent qui vise à obtenir le désarmement volontaire de l’agresseur.

• Les rôles de tori (celui qui exécute) et de uke (celui qui subit) sont indissociables. Ils sont basés sur le développement de l’entraide avec pour finalité la progression mutuelle.

• Les techniques à l’aïkido se pratiquent aussi bien à genoux que debout.

• Le travail à mains nues contre des armes se fait essentiellement contre le couteau, mais aussi contre le bâton ou le sabre. L’étude du Jo (bâton) ou Boken (sabre de bois) complète l’enseignement.

• Les grades : Le débutant commencera par le 6e kyu. Après le passage du 1er kyu, il se verra décerné son premier dan (ceinture noire). Le hakama est remis au pratiquant dès que le professeur estime qu’il a atteint un niveau suffisant. Il existe 8 dan en aïkido.

• L’aïkido développe la souplesse, favorise le relâchement musculaire et améliore le placement du corps.

• Ages : Les clubs reçoivent les enfants à partir de 6-7 ans. Il faut être âgé de 16 ans minimum pour présenter sa ceinture noire. L’aïkido apporte à l’enfant le calme, la concentration, l’anticipation et la vivacité d’esprit nécessaires pour faire face à un agresseur.

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Démonstration de Christian Tissier au Festival des Arts-martiaux à Bercy en 2008.


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