Le rôle du « uke »

16/10/13



Article provenant du site Aïkipassion.unblog.fr

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Au cœur de l’apprentissage

Les combats et les compétitions étant absentes de l’Aïkido, l’apprentissage repose sur une collaboration entre les partenaires : « Tori » celui qui fait la technique et « Uke » celui qui la reçoit.

Cette collaboration ne peut être productive qu’à la condition première que le Uke propose à Tori les conditions qui vont lui permettre de réaliser son travail. Cela passe donc en premier lieu par la capacité à réaliser une attaque correcte, puis recevoir la technique en toute sécurité.

Tout pratiquant sera donc amené à apprendre à réaliser les différentes attaques pour mettre en place les situations qui seront étudiées. Mais le Uke devra également apprendre à se protéger et à forger son corps pour supporter plus facilement les douloureuses clés articulaires et les chûtes.

 Le rôle du

« Apprendre à subir » fait partie intégrante de l’apprentissage

Il est donc de coutume de dire sur un tatami que les deux partenaires travaillent dans le but de progresser l’un et l’autre.

 

Comprendre le travail demandé

La réalisation d’une attaque correcte passe d’abord par la compréhension du sens et de la finalité de cette attaque. Autant pour un coup de poing, un coup de pied ou une attaque au couteau il est facile de comprendre que le poing, le pied ou le couteau doit atteindre une cible (tête, ventre…) pour provoquer le plus de dégâts possible, autant pour une saisie c’est beaucoup moins évident !

 gyaku-hanmi-katate-dori1-300x221 partenaire dans La pratique de l'Aïkido

Saisie « aï hammi katate dori »

Sur l’illustration ci-dessus, on peut rester perplexe sur l’intérêt et le but d’une attaque consistant à saisir le poignet de son partenaire. Si l’on imagine que ce partenaire a un couteau ou un revolver à la ceinture, alors on comprend l’utilité de l’empêcher de s’en emparer en lui saisissant la main. C’est ce qui donne du sens à cette attaque.

Mais empêcher l’autre de s’emparer d’une arme n’est pas une finalité lorsqu’on est confronté à une situation de danger. Saisir le poignet doit donc avoir un but, celui d’enchaîner avec une technique visant à mettre fin le plus rapidement possible à la situation de danger.

Ce principe est parfaitement illustré dans la vidéo ci-après où les élèves de Léo Tamaki montrent d’abord l’attaque de Uke et sa finalité avant que Tori ne montre un éventail de techniques possibles sur cette attaque (voir les passages à 0’52’’ ; 1’35’’ ; 2’57’’ ; 3’52’’ ; 4’39’’ ; 5’30’’ ; 6’13’’ ; 7’14’’ et 8’02’’).

 

 

Démonstration à la NAMT 2012

 

Les conditions de l’apprentissage

Pendant un cours d’Aïkido, la mixité est de rigueur. Hommes, femmes et enfants de tous âges, toutes corpulences et de tous niveaux pratiquent donc ensemble. Cette richesse impose aux pratiquants de devoir s’adapter sans cesse à leurs partenaires sans quoi le travail pourrait s’avérer impossible, par exemple entre un enfant débutant et un haut gradé de forte corpulence.

david-contre-goliath1 Tori 

David contre Goliath

C’est donc assez naturellement que les plus anciens adaptent leur façon de pratiquer au partenaire auquel ils ont affaire, soit en baissant d’intensité, soit en ralentissant dans les moments les plus délicats, soit en renonçant à exploiter les erreurs et en se prêtant de bonne grâce à une chute non provoquée.

Dans l’ouvrage de Susan Perry « Dans le cercle du maître »(1), Robert Frager raconte un entraînement au Japon au dojo du fondateur au cours duquel il avait été contraint de travailler avec un de ses confrères occidentaux tout novice alors qu’il était venu spécialement pour travailler avec des japonais expérimentés. Contrarié par ce choix imposé, il s’était malgré tout adapté à son uke avec beaucoup de patience et d’attention envers lui lorque tout à coup le fondateur en personne vint interrompre le cours. Ce dernier exprima son mécontentement devant les élèves qui avaient choisis de travailler entre habitués de même niveau et cita comme exemple à suivre Robert Frager pour s’être mis à disposition d’un élève peu expérimenté pour le faire évoluer.

Cette bienveillance est donc nécessaire pour que les plus novices comprennent et assimilent les bases. Mais progressivement les anciens se montreront moins coopératifs et plus incisifs dans leurs projections ou immobilisations.

(1)   Merci à Etienne pour m’avoir transmis le passage concernant cette anecdote

 

La « bonne attaque »

Cela peut paraître paradoxal, mais pour réaliser une bonne technique il faut une bonne attaque. La raison en est qu’en Aïkido on travaille sur des situations et si les situations ne sont pas présentes alors la technique étudiée ne pourra être réalisée.

Par exemple si la technique consiste à utiliser l’élan du partenaire pour le conduire à une projection, alors il faut que le partenaire donne cet élan. Dans le cas contraire, il faudra soit changer la technique pour s’adapter à la situation, soit compenser l’absence d’élan, par exemple par une « aspiration ».

Le but premier d’une attaque est donc d’atteindre son but. Cela implique qu’une frappe doit atteindre sa cible et que c’est au partenaire de réagir en l’esquivant, en la parant ou en amortissant l’impact. Avec l’expérience, on apprend donc à doser de manière à être capable d’arrêter sa frappe juste avant qu’elle ne touche.

Apprendre à frapper nécessite de nombreuses années d’entrainement pour acquérir le bon geste puis gagner en rapidité, précision et puissance. Un boxeur, un karatéka et un pratiquant de kung-fu ne frapperont pas de la même manière et pourtant chacun pourra se montrer redoutablement efficace avec le temps.

 karate_kid1-300x225 Uke

Les exercices de frappes forgent le combattant !

L’apprentissage des attaques en Aïkido est en général assez rudimentaire et dépend bien souvent de l’expérience personnelle de l’enseignant où des partenaires croisés sur le tatami. Il arrive également que certains clubs organisent des cours communs avec d’autres disciplines afin de confronter les pratiquants à la réalité d’autres disciplines.

Cette diversité fait l’objet d’un travail particulier de mise en application qui amène bien souvent l’Aïkidoka à relativiser l’efficacité de son art et à remettre en question sa pratique. 

 

La cohérence martiale

Attaquer c’est prendre un risque et un art martial comme l’Aïkido est centré sur ce risque car il vise à exploiter ce que nous offre l’attaquant : un élan, une ouverture, un membre…

Mais tout l’intérêt de l’apprentissage est d’arriver à réussir sa technique quelle que soit la qualité de l’attaque. Quel intérêt y aurait-il à employer une technique sophistiquée sur une  personne qui, en armant sa frappe, avance vers vous en découvrant toute une partie de son corps laissant ainsi le champ libre à son adversaire ?

D’un point de vue martial, le propre d’une attaque est donc d’arriver à toucher l’autre sans être touché soi-même. Cela requiert de la rapidité, de la précision et beaucoup de vigilance.

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Couper ou être coupé !

 

Recevoir la technique

C’est un travail difficile et de longue haleine pour le débutant que d’apprendre à recevoir la technique. Réaliser une chute correcte est une chose ; chuter dans le feu de l’action sans se blesser alors que l’on est en déséquilibre et propulsé par la « force » de Tori en est une autre.

Il n’y a pas de secrets, c’est par un laborieux travail de répétition que l’on finit par inculquer au corps les automatismes qui permettront le moment venu de chuter comme il faut sans avoir besoin d’y réfléchir.

De même lors des contrôles au sol ou Tori maintient Uke grâce à une clé articulaire potentiellement très douloureuse, Uke devra apprendre à « accepter » la douleur en adoptant une position qui l’atténue et en relâchant son corps au maximum pour éviter de lutter contre la cause de cette douleur ce qui est le réflexe naturel de tout pratiquant.

Mais la chute n’est pas une fin en soi, et lorsqu’il est au sol, Uke est en danger. Dans un contexte réel, cette position d’infériorité peut conduire à la mort. Uke doit donc apprendre à chuter avec la plus grande économie de moyen de manière à ne pas gaspiller ses forces. Mais il doit surtout rester le moins longtemps possible dans cette position inconfortable pour être tout de suite disponible et prêt à recevoir à nouveau ou bien répliquer à son tour.

C’est donc par un profond travail d’affinage sur la posture du corps, sur la respiration et le gommage de toute peur ou contraction que progressivement la chute va devenir presque agréable et même une occasion de reprendre l’ascendant.

Dans la vidéo ci-après est présenté un travail de contre (« kaeshi-waza ») au cours duquel Uke commence d’abord par recevoir la technique plusieurs fois puis finit par renverser la technique alors qu’il est lui-même en train de chuter avec différentes variantes.

 

 

« Kaeshi-waza » (travail des contres)

 

A l’écoute du partenaire

Comme illustré dans la vidéo précédente, Uke n’est donc pas fatalement celui qui perd. Il n’y a d’ailleurs ni victoire ni défaite puisque l’objectif est de travailler ensemble, l’un pour améliorer sa technique, l’autre pour améliorer son attaque puis la réception de la technique. Mais il est également du rôle de Uke de percevoir les défauts dans le technique de Tori et de lui en faire prendre conscience de manière à ce qu’il puisse les corriger.

Il est donc très fréquent de voir une technique avortée par un blocage, une frappe, voir un contre inattendu car il serait improductif de laisser Tori dans l’illusion que sa technique marche si ce n’est pas le cas. Cela nécessite une attention de Uke à chaque instant de la technique.


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