Le Zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc 5/12/12



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Le « Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc » est un texte très court écrit en 1936 par Eugen Herrigel (1884–1955), professeur de philosophie allemand ayant enseigné au Japon de 1924 à 1929. Ce livre à eu un impact considérable en occident ou il a contribué à répandre la vogue du zen, c’est-à-dire du Bouddhisme Chan, associé, en l’occurence, à une pratique spectaculaire (voir la photo!) et singulièrement exotique.

 

Déterminé à étudier le Zen à travers une discipline qui permettrait d’en faire véritablement l’expérience, Herrigel réussit – avec difficulté comme il le décrit très bien dans son livre – à ce faire accepter comme élève par Awa Kenzo,  maître de Kyūdō (l’art japonais du tir à l’arc). Ce personnage atypique au Japon même, après avoir été un professeur reconnu dans le milieu du kyujutsu, s’était mis à enseigner dans une orientation très personnelle, teintée de mysticisme et inspirée, notamment, par la réussite spectaculaire de l’école de Jigoro Kano, fondateur du Judo. C’est le terme « do » (la « voie ») qui intéressait Awa, qui pour fonder sa doctrine, relate une expérience mystique qu’il nomme  “great explosion” (daibakuhatsu).

 

Bien que l’essentiel du texte a été écrit en 1936, le livre lui-même parait en allemand en 1948, en anglais en 1953 et en japonais en 1955. Il faut mentionner qu’Herrigel, membre du parti nazi dès la prise de pouvoir d’Hitler, a été recteur d’université en Allemagne pendant la guerre avant d’être démis de ses fonctions en 45. On est donc en droit de se demander dans quel mesure – et sens –  l’adhésion d’Herrigel à l’idéologie nazie a orienté sa compréhension du Zen. La réponse à cette interrogation se trouve peut-être dans la  critique de certains universitaires japonais comme, Yamada Shōji, (suivre le lien….) qui qualifie de « mythe » l’idée d’une proximité consubstantielle du Zen et du Kyudo. On sait de quelle manière le nazisme s’est appuyé sur la construction de mythes originaires. Et ce livre constitue bien la construction d’un mythe.

 

Le « Zen dans l’art chevaleresque du tir à l’arc » fut un best-seller pendant plus de cinquante ans qui garde tout son intérêt. Certaines idées qui y figurent ont formaté la vision du bouddhisme zen dans les pays Occidentaux (et aussi au Japon!), comme par exemple l’idée qu’un adepte doit – stupidement – étudier des tâches simples pendant des années avant d’être autorisé par le maître à effectuer des tâches enfin plus intéressantes. Il y a là à notre sens une complaisance à l’égard d’une conception initiatique de ce qu’on appelle la « voie », donc très hiérarchique au niveau des rapports sociaux et entretenant une ontologie de la vérité comme « graal »,.

 

Le texte véhicule également l’idée, désormais largement répandue, qu’après des années de pratique, une activité se ferait sans effort et que le corps exécuterait alors une tâche sans le contrôle de la conscience. Ce projet de « décervelement » comme étant le but à atteindre nous semble éminemment contestable et même nocif et on voit mal ou serait l’intérêt d’une éducation de l’homme dont le fin du fin consisterait à rabattre l’acte sur un schème réflexe en évacuant au passage la question de l’éthique. Bien plutôt, nous verrions dans le zen, comme en témoigne de nombreux récits et apories, un projet de mise en continuité de la conscience et d’un vide opératoire apte à provoquer une subversion subjective émancipatrice.
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