Paroles de Hanshi - “Un kiai qui frappe le jury de plein fouet ” (Rediffusion) 14/2/12




Rediffusion des articles les plus populaires, durant les vacances 2012 (première parution30/03/2011)


Article provenant du site Kendo world

Kobayashi Hideo (8-dan hanshi)

Traduit par Alex Bennett - traduction française Agnès Lamon. Kendo World voudrait remercier le Kendo Jidai Magazine pour la permission qui lui a été faite de traduire et publier cet article.

Article original in Kendo World 2.3 – 2004.

Né en janvier 1942 dans la préfecture de Kumamoto, Kobayashi Hideo a commencé le kendo au lycée. Après avoir obtenu son diplôme, il intègre en 1960 les forces de police de Kanagawa où il se forme sous le patronage conjoint de Kikuchi Hanshi et Nakamura Hanshi. Kobayashi Hideo s’est illustré dans les plus grandes compétitions du Japon ; il est actuellement le Shihan de la police de Kanagawa. Récemment encore, il a été désigné chef des arbitres lors des finales des Championnats du Japon de 2003.


1. Un kiai qui frappe le jury de plein fouet 
Le kiai présente bon nombre d’effets importants. Il vous stimule et intimide vos adversaires, les dissuadant d’attaquer. Même dans la vie de tous les jours, il y a des occasions où pousser un bref cri donne un supplément de tonus, mobilise corps et âme. En kendo, un bon cri prépare votre esprit, améliore votre assurance et augmente la puissance de votre sabre quand vous attaquez.

Après s’être incliné, avoir fait sonkyo et s’être relevé, la bataille du ki et du kensen commence. Dans un passage de grade, je considère comme un point de la plus haute importance le fait pour le candidat de s’être ou pas laissé aller avec un kiai assez fort pour attirer l’attention du jury. Quand je fais partie d’un jury, je vois souvent des gens qui sont déjà trop gonflé à bloc avant même d’entrer en scène. Ce n’est pas là la bonne façon de se distinguer. Ce qui doit être remarqué par le jury, c’est un kiai perçant, fort, inoubliable : le jury regardera alors automatiquement, comme magnétisé.

Dans tous les passages de grade, tous les candidats crient le plus fort possible. Mais il y a toutefois une différence entre juste hucher fort et produire un kiai qui pénètre le cœur des membres du jury. J’ai de temps à autres entendu les commentaires de personnes qui avaient échoué à leur examen dire qu’ils pensaient au moins avoir eu un bon kiai. Ce n’est pas aussi simple que cela. Le kiai doit se singulariser dans la foule. C’est quelque chose qui ne peut se produire qu’à la suite d’un dur entraînement.

Ayant dernièrement assisté à un passage de grade, j’y ai remarqué que tous les candidats étaient plutôt discrets. Peu nombreux furent ceux qui produisirent un kiai qui soit assez audible pour me faire lever le nez. Quand je donnais des cours aux enfants au dojo de la police, je leur avais expliqué que sur un barème de 100, si la frappe ne fait que 70, le kiai devait être de 30 pour que ça passe. Si la frappe n’est que de 40, le kiai doit être de 60. C’est de cette façon que je pouvais leur apprendre l’importance d’avoir des voix sonores, qui portent. Cela s’applique à tous les kendoka, à tous les niveaux.

J’ai gardé un souvenir marquant de mon cinquième essai à mon passage de grade de 7ème dan. L’examen des 7ème dan se tenait un jour après celui des 8ème dan, à Kyoto, ce qui m’a donné l’opportunité de m’y rendre et d’assister à l’examen des 8ème dan la veille d’avoir à descendre dans l’arène à mon tour. L’énergie spirituelle des candidats au 8ème dan était quelque chose à voir. J’avais alors un peu plus de la trentaine, et le 8ème dan semblait être un monde complètement différent. Chacun de ces candidats avait unkiai si fort qu’ils dégageaient une aura d’énergie quand ils combattaient devant le jury. Alors que moi, de mon côté, je me préoccupais davantage de la façon de faire bonne impression devant le jury, et essayais de contrôler ou raffiner mon kiai en un gracieux « Oop ! ». Observer les 8ème dan a été pour moi, à plus d’un titre, un véritable choc culturel.

Force m’était de constater combien je faisais pâle figure en comparaison, et je me demandai alors à quoi j’avais pu penser jusque là. C’était une totale révélation.

Le jour suivant, c’était mon tour; je me suis abandonné et lançai le kiai le plus puissant que je pus. J’ai oublié d’essayer de faire bonne impression et voilà, j’avais réussi à la fin. Cela m’a confirmé dans l’idée que les membres du jury savaient faire la différence entre celui qui se contentait juste de paraître et celui qui avait le truc.

Le kiai est une manifestation de l’esprit. C’est le produit naturel de shin-ki-ryoku-itchi (union de l’esprit et de la puissance de la technique). Ce n’est dès lors pas quelque chose que l’on puisse contrefaire, et unkiai pénétrant n’est pas quelque chose qu’on puisse produire à volonté. C’est selon moi un concept très difficile à comprendre, mais en tout premier lieu vous devez vous concentrer sur votre adversaire et émettre un puissant cri à partir du hara (le bas de l’abdomen). De surcroît, ce n’est pas quelque chose qui peut se faire au hasard. On doit retourner un kiai puissant juste au moment où son adversaire a fini ou est en train d’achever le sien. Il existe des règles tacites en kiai.

Il existe en fait beaucoup d’enseignements ésotériques au sujet du kiai, tel que « la voix doit venir de quelque chose et aller vers rien » et « en définitive, il n’y a pas de voix du tout ». Pourtant, je veux encourager même les plus vieux kendoka à produire le kiai le plus pénétrant qu’ils peuvent. Il va de soi que les jeunes seront capables de pousser de puissants kiai, mais il serait même plus impressionnant si un vieux kendoka faisait de même.

2. Pouvez-vous produire du sae ?
En 1985, Il m’a été demandé d’assister dans un stage Shigeoka sensei, 9th dan Hanshi. A la fin du stage, celui-ci m’a demandé combien d’années j’avais encore à attendre avant de pouvoir me présenter à l’examen du 8ème dan. Quand je lui ai répondu qu’il me restait encore cinq ans, il m’a ensuite demandé « Que pensez-vous qui soit le plus important dans l’examen de 8ème dan ? »

C’était une simple question, mais une question à laquelle je ne savais pas répondre. C’est alors qu’il m’a dit « sae est la clef de tout». Sae est le terme qui signifie fermeté ou vivacité en technique. J’étais certes déjà conscient de l’importance du sae, mais après avoir recueilli ses augustes paroles, je me donnai pour tâche de faire des rechercher poussées sur la signification profonde de la chose cachée derrière le concept.

Afin d’exécuter une technique ferme, pleine de sae, il faut un complet contrôle du te-no-uchi, c’est-à-dire la prise en main, tantôt ferme, tantôt relâchée. Si la prise est trop tendue, il sera impossible de produire dusae. La méthode la plus efficace pour apprendre sae est, selon moi, de beaucoup pratiquer les suburi.

Au sujet de la façon correcte de tenir son shinai, on a toujours constaté que la main droite devait se comporter comme si elle tenait un œuf. S’il y a trop de pression, l’œuf se brise. S’il n’y en a pas assez, il est à craindre que l’œuf s’échappe. Il ne doit pas être « pris en main » tel qu’on l’entend, mais plutôt délicatement tenu. La main gauche doit tenir le shinai comme s’il se fût agi d’un parapluie. De cette façon, comme avec un parapluie, la poignée tient naturellement dans la main, qui est étirée vers l’extérieur plutôt que « froissée ».

C’est Nakamura Chutaro Hanshi qui m’a très minutieusement enseigné la façon correcte de faire suburi. Il disait toujours « Si le kensen ne vit pas, il n’y a absolument aucune espèce d’intérêt à faire cet exercice ». Quand le kensen prend vie, il palpite une ou deux fois au moment où l’on attaque. Quand j’enseigne dans les stages, je suis souvent très étonné de voir combien les gens font mal suburi.

Ogawa Sensei nous avait dit de “ placer le ki dans le kensen”. Quand le ki s’épanouit, il se déplace des mains au shinai jusque dans le kensen. En d’autres termes, au fur et à mesure de votre progression en kendo, vous êtes en mesure de mieux gérer les adversaires qui se présentent à vous. C’est parce que votre ki réside dans le kensen de votre shinai que vous avez une marge de manœuvre pour agir en fonction de n’importe quelle situation.

La faculté de frapper avec sae se développe au gré de la répétition des suburi. Cependant, sae sera contrarié si vos épaules et coudes sont raides. Très étonnamment, si vos membres sont raides, ceux-ci affecteront votre esprit qui à son tour deviendra rigide. Les articulations doivent être relâchées ; la prise doit être resserrée à l’impact et tout de suite après se relâcher. C’est le secret qui fait naître sae. Lekensen bouge le premier, suivi par les coudes, puis enfin épaules. Si les mains bougent les premières, lekensen ne viendra pas à la vie. Ce n’est pas quelque chose qui se fait aisément, cela requiert beaucoup de détermination et de dur travail. Je soupçonne que beaucoup de droitiers ont tendance à se concentrer sur leur main droite. Si l’on se concentre sur l’extension de son coude gauche, la main droite s’étirera alors elle aussi naturellement.


Puisque l’on emploie un shinai en keiko, je conseille de commencer le régime de suburi avec un shinailéger. Il est important d’essayer de faire rapidement l’armer haut, et non pas le swing bas. Afin de parvenir à faire une frappe avec sae, avoir une vitesse uniforme est nécessaire. Cette rapidité est celle que l’on atteint quand on lève le shinai au-dessus de sa tête. Bien que la vitesse soit importante, cela ne veut pas dire pour autant que vous devez tout faire de façon rapide. Cela requiert une sorte de vitesse explosive. Dès qu’il y a une ouverture dans la défense de votre adversaire, vous devez instantanément bouger pour attaquer. Les grands combattants en kendo possèdent une vitesse phénoménale dans leur armer.

Un autre élément essentiel dans la quête du sae est d’avoir une kamae correcte. Si votre dos ou l’arrière de votre genou dévie, il sera impossible de faire une frappe réussie avec sae. La jambe gauche, le talon gauche et la main gauche doivent être stables pour maintenir une posture correcte. En kendo, il est parfois dit : « le nombril est chef». Ce qui implique que les membres sont sous les ordres du nombril qui est le centre du ki. Cela peut paraître une étrange comparaison, mais aussi longtemps que le Général Nombril commande dans la bataille, la victoire et quasi assurée.

3. Combattre les quatre faiblesses (shikai)
Shikai
 fait référence aux quatre conditions mentales pernicieuses: surprise, peur, doute et hésitation. Quand les shikai apparaissent, cela veut dire que vous êtes ouverts aux attaques, et votre adversaire tirera profit de votre faiblesse. La seule façon de les empêcher de se manifester, c’est de beaucoup s’entraîner.

C’est très simple. Vraiment. Songez au keiko. Lors des passages de grade, votre degré réel d’entraînement est très visible. Si les efforts dans l’entraînement n’ont pas été très poussés, le jury le percevra nettement. Il est difficile de parvenir à s’entraîner suffisamment quand on a des obligations professionnelles et familiales. Je me rappelle que, quand j’ai quitté la Tokuren (Brigade spéciales de Police, réservée aux kendoka), j’ai reçu un dernier enseignement de Kikuchi Hanshi. Il m’a dit : « Kobayashi, c’est maintenant que ton kendo commence véritablement. ». En d’autres termes, la mission qui m’attendait était de trouver le moyen de faire le plus de choses possibles du temps limité que j’aurai pour me consacrer à l’entraînement. Peu importe qui on est et ce que l’on fait, cela se résume à s’abandonner avec une bonne grosse voix, et tirer le meilleur parti de chaque moment de l’entraînement.

Mon objectif pour le 8ème dan était d’essayer de découvrir comment rendre mon kendo imposant et empreint de dignité. Dans les passages de grade, on dispose d’à peu près deux minutes pour démontrer ce que l’on vaut. Ce n’est pas chose facile dans la mesure où votre adversaire en face essaye de faire très exactement la même chose. C’est même difficile. Dans un passage de grade, la première attaque prend habituellement 15 à 20 secondes avant de partir. Par conséquent, quand je me prépare, je concentre mes efforts sur le moyen d’accumuler autant de ki et d’énergie que possible dans ce très court laps de temps. J’y suis parvenu en regardant l’état d’esprit démontré par le rôle du sidachi dans les kata de kendo. Le premier qui bouge a perdu et cela se retrouve même de façon évidente dans le monde du travail par exemple où il est d’usage que l’inférieur salue le patron le premier. Celui-ci répondra en conséquence, d’une façon supérieure.

Dans un passage de 7ème dan, le temps imparti est d’une minute quinze secondes, et de deux minutes pour les 8ème dan. Chaque fois que je m’entraînais, je gardais cette durée en tête et imaginais que chaque combat que je faisais était celui du passage de grade. J’ai trouvé que c’était là un moyen efficace pour apprendre à contrôler sa nervosité. J’ai également veillé à ce que chaque personne avec laquelle je m’entraînais me donne son avis ; même s’il n’y a pas de sempaï ou de sensei présent, les kohai peuvent eux aussi avoir beaucoup de remarques importantes à faire. Il est crucial de demeurer objectif et de rechercher les avis des autres plutôt que de tomber dans le piège de l’autosatisfaction.

Il est aussi essentiel de rechercher à développer la confiance et savoir au fond de soi que son kendo est plus avancé. C’est souvent plus facile à dire qu’à faire, mais croire en soi est impératif si l’on veut réussir. Savoir que son kendo est plus avancé a pour effet de fixer la kamae, et l’on se fait alors proprement violence afin de s’empêcher de casser sa posture pour faire des frappes de peu d’intérêt. Votre adversaire trouvera aussi très difficile de forcer des ouvertures sur vous. Soyez toutefois conscients du fait que ce que j’explique ici ne veut pas dire que l’on devrait regarder son adversaire de haut. Ce n’est absolument pas ce que je préconise.

Une autre chose encore à garder à l’esprit est qu’un passage de grade n’est pas un endroit où l’on se rend pour démontrer des techniques de base du kihon. Vous êtes là pour mettre en valeur le vrai kendo, celui que vous pratiquez dans les sessions de keiko. Cependant, siégeant parmi le jury, je vois souvent beaucoup de personnes tenter des choses qu’ils ne tenteraient probablement jamais dans le cadre de leur entraînement. Bien sûr, si vous pouvez faire LE men impeccable tel ceux qu’on trouve dans les manuels ce sera très bien, mais c’est très rare. En définitive, un passage de grade est supposé être un examen pratique, et l’on attend de vous que vous pratiquiez votre vrai kendo. Aussi longtemps que vous garderez ceci à l’esprit, vous ne gaspillerez pas votre énergie à essayer l’impossible.

Les waza (les techniques) sont une extension de votre corps. Tout ce à quoi vous pensez avant de les faire ne peut véritablement être appelé waza dans la mesure où cela n’a pas été appris par votre corps. Ce n’est pas une part de vous-même. C’est comme être capable de se battre à partir de la distanceissoku-itto-no-ma. Si c’est toujours trop loin pour vous d’attaquer, avancez-vous un peu plus près jusqu’à ce que vous soyez pile à la distance où frapper et être frappé. Ce procédé de bouger dans l’intervalle correct est très important. Une fois là, votre corps prendra soin du reste dès qu’une opportunité se dessine. Le chemin est long et abrupt, mais c’est l’essence même du kendo que de progresser et s’élever tout du long.

Article provenant du site Kendo world

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